“Il ne fait pas d’effort.”
Quand les mots du bulletin scolaire font mal aux parents
Ouvrir le bulletin scolaire de son enfant, quand il a un TDAH, ce n’est jamais anodin.
Avant même de lire, il y a cette boule au ventre.
Cette petite voix qui murmure : “Pourvu que ça aille…”
Et puis les mots apparaissent.
“Manque de concentration.”
“N’apprend pas ses leçons.”
“Ne fait pas d’effort.”
Des phrases courtes. Banales en apparence.
Mais pour un parent, elles tombent comme un coup de massue.
Parce que derrière ces mots, il n’y a pas juste une évaluation scolaire.
Il y a tout ce qu’on vit à la maison… et que personne ne voit.
“Il manque de concentration”
Sur le papier, ça paraît simple.
Presque évident.
Mais ce que le parent entend, souvent, c’est autre chose.
Donc il pourrait, mais il ne veut pas.
Donc il ne se donne pas les moyens.
Donc quelque part… on n’y arrive pas non plus, nous.
À la maison pourtant, on voit bien que ce n’est pas un choix.
On voit l’enfant lutter pour rester attentif.
On voit son regard qui décroche malgré lui.
On voit la fatigue mentale arriver bien avant la fin.
La concentration, chez un enfant TDAH, n’est pas une question de volonté.
C’est une ressource fragile, instable, coûteuse.
Mais ça, le bulletin ne le dit pas.

"Il n'apprend pas ses leçons"
Cette phrase-là fait particulièrement mal.
Parce que le parent sait.
Il sait les soirées passées à relire.
À répéter.
À reformuler autrement.
À encourager.
À rassurer.
Il sait l’enfant qui récite… puis qui oublie.
L’enfant qui comprend sur le moment, puis dont tout s’efface sous la pression.
Alors lire “n’apprend pas ses leçons”, c’est comme si tout ce travail disparaissait.
Comme si on n’avait rien fait.
Comme si l’enfant n’avait rien tenté.
Et le doute s’installe :
À quoi bon autant d’énergie, si rien ne se voit ?
“Il ne fait pas d’effort”
C’est souvent la phrase la plus violente.
Parce que si le parent voulait répondre honnêtement, il écrirait :
“Si vous saviez.”
Si vous saviez l’effort que représente une journée d’école.
Si vous saviez l’effort pour rester assis, écouter, filtrer le bruit, attendre son tour.
Si vous saviez l’effort pour ne pas bouger, ne pas parler, ne pas exploser.
L’enfant avec un TDAH fait des efforts en permanence.
Mais ce ne sont pas toujours ceux qui se voient sur une copie ou dans un carnet.
Dire qu’il “ne fait pas d’effort”, c’est nier ce combat quotidien.
Et pour un parent, c’est profondément injuste.
Ce que le parent vit, en silence
Après avoir lu ces phrases, il faut pourtant continuer.
Il faut :
-
rentrer à la maison
-
protéger son enfant
-
traduire les mots
-
éviter qu’il se définisse par eux
Parce que l’enfant, lui, entend souvent :
“Je suis nul.”
“J’y arrive jamais.”
“Je fais jamais assez.”
Alors le parent amortit.
Il explique.
Il rassure.
Même quand lui-même est touché.
Même quand il doute.
Même quand il est épuisé.
Le décalage entre l’école et la maison
À l’école, on voit un élève en difficulté.
À la maison, on voit un enfant à bout de ressources.
À l’école, on mesure des résultats.
À la maison, on voit des efforts invisibles.
Ce décalage est immense.
Et il pèse lourd sur les parents d’enfants TDAH.
Ce que ces mots n’expliquent pas
Ces phrases ne disent pas :
-
que le cerveau TDAH fonctionne différemment
-
que l’effort est constant mais mal récompensé
-
que la fatigue cognitive empêche parfois d’apprendre malgré la volonté
Elles ne disent pas non plus que l’enfant fait de son mieux avec ce qu’il a.
À tous les parents qui lisent ces bulletins
Si vous vous êtes déjà sentis découragés, en colère, tristes ou coupables en lisant un bulletin, vous n’êtes pas seuls.
Si vous avez déjà pensé :
“On fait tout ce qu’on peut, et pourtant…”
c’est que vous êtes déjà profondément engagés.
Votre enfant n’est pas paresseux.
Il n’est pas de mauvaise volonté.
Et vous n’êtes pas de “mauvais parents”.
Les mots du bulletin ne racontent jamais toute l’histoire.
Et ça, on ne le dit pas assez aux parents.
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Commentaires
Je suis maman en situation de handicap , TDAH je suis épuisé, fatiguée ,j’ai mal au cœur, je me bat au quotidient face à ce monde qui nous laisse de côté.
Mais on peut faire quoi? Je me bats. Notre le système depuis que mon fils est en CPE et là il est en secondaire 3. Puisqu’il réussi tout de même il n’a jamais été prioritaire pour avoir des services. Nous venons d’avoir accès à une pédopsychiatre et il a 15 ans et l’école est sur le bord de le renvoyer dans mettre un plan en place pour le soutenir. On veut mettre un enfant neuro atypique dans un cadre d’enfants neuro typique je suis tellement à boutte de me battre contre le système. Mon fils n’est pas un fénéant et pour reste concentrer ca lui demande un effort insoutenable. Bref, faut que ca change ce système là qui est fait pour les personnes neuro typique.
Infirmière de formation, enseignante pendant 20 ans, TDAH à peu près compensé je vous invite à découvrir le livre de Guylaine Bedard et Joël Lemaire " TDAH les causes cachées, les solutions efficaces". Ils consacrent toute leur énergie à faire émerger des solutions, qui, pour les tester et m'y former me semblent extrêmement prometteuses et cohérentes. Pour que ces enfants puissent retrouver et développer tout leur potentiel! Pas de poudre de perlimpimpin mais comprendre la physiologie et les relations entre le corps et le cerveau, la prise en compte de 5 piliers: la posture, la ventilation (tonus respiratoire) agissant sur la qualité du sommeil et donc sur la cognition et la régulation des émotions. Ça peut paraître simpliste mais les réglages doivent être fins, les effets sont garantis. Courage à tous les parents épuisés.
Vraiment un joli récit
Il faut avoir confiance dans son enfant et lui soutenir
Le combat est long et pas facile
Courage à tous les parents qui nous retrouvons dans vos mots